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Mook est de race humaine, mais malgré cela elle présente beaucoup de qualités (hé oui, c'est possible): Mook est Aspie, Mook est enceinte et célibataire, Mook étudie la psychologie, mais surtout, Mook cherche à communiquer... (Catégorie syndrôme d'Asperger, grossesse, psychologie, maman solo, voyages)

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Quand Asperger nous rattrape...

Je quitte ma campagne, mon printemps, mon petit monde reculé de tout...
Je pars travailler à Lyon pendant un mois. Un petit job trouvé par l'intermédiaire de mon père, qui consiste à surveiller les concours d'entrée en école de commerce dans le lycée où il travaille. Une broutille, rien du tout, un petit boulot qu'aiment faire les retraités pour se changer les idées... Et bien moi ça fait une semaine que ça m'angoisse.
J'ai organisé mon départ, et au dernier moment à cause d'un mauvais concours de circonstances (un feu rouge en pleine campagne à cause d'une fête de village, et un accident dans le village suivant...) je rate mon train.
Je sens déjà toute cette angoisse enfouie depuis une semaine qui gonfle peu à peu en moi. J'essaie de trouver l'horaire du train suivant, il n'y a rien d'écrit sur leur panneau d'affichage, il y a la queue au guichet, et l'automate n'indique pas les horaires. Ca commence à bouillonner et être insupportable, je retourne à la voiture et claque violemment la portière de rage, commence à crier ma colère à ma mère puis j'éclate en sanglots...
Voilà, c'est magnifique, je suis fière de moi. J'irai loin dans la vie...
Rater un train.. Qui pète un plomb, qui s'effondre lamentablement comme si le monde s'arrêtait de tourner et qu'il n'a plus qu'à crever parce qu'il rate un train? Moi.
JE ME DETESTE.

Ca fait un moment que je réussis à ne pas penser à ça, à me convaincre que je suis "normale" et que je réussirai à m'en sortir... Mais ça y est Asperger me rattrape. Ce sont des petits passage à vide, réguliers, qui surviennent de façon logique lorsque je suis confrontée à des évènements stressants que je n'arrive pas à gérer. Et à ces moments je reprends pleinement conscience de mes difficultés, et je sombre dans une tristesse, une détresse foudroyante.
Tous mes echecs, toutes mes incapacités me reviennent.  Je ne ferai jamais rien de ma vie.
Je n'ai jamais eu de problème de résulats ni de motivation, et à l'heure qu'il est je devrais avoir fini mes études si j'étais "normale"...
J'ai 24 ans et je suis chez ma mère, à envisager de "tenter encore une fois de terminer mes études" alors que ça me fait tellement peur, et que je suis au fond de moi persuadée que ça finira comme toutes les fois précédentes.
Pour le seul travail intéressant que j'ai réussi à décrocher dans ma vie, ils ont fini par me démasquer et me mettre en arrêt maladie jusqu'à la fin de mon contrat (hé oui, je n'avais commis aucune faute professionnelle ils ne pouvaient pas me virer... alors ils m'ont fait passer pour une depressive suicidaire... Mais ils n'ont peut-être pas tort après tout).
Je n'ai jamais été retenue pour des boulots dans le relationnel, pourtant à la portée de n'importe quel abruti (genre caissière ou serveuse dans les fast-food et autres conneries de cette société de merde).
Alors vous voyez, le jour où j'aurai épuisé tous mes espoirs et toutes mes chances de faire quelque chose d'interessant de ma vie, le jour où il ne restera que ces boulots de merde à ma portée, et bien même pour ça je ne serai pas à la hauteur. Et j'aurai plus qu'à crever seule sur le trottoir. Oui parce que les Aspies ne sont pas protégés par la société, ils sont TROP INTELLIGENTS, ils peuvent se "demerder tout seuls". (Et je ne parle pas d'aide financière. La seule aide que j'esperais c'était un aménagement pour les oraux et les travaux en groupe, pour pouvoir enfin terminer mes études... Mais il faut croire que c'est trop demander)
J'ai la haine, je sors dehors et rien que de voir quelqu'un ça m'enerve. Je me déteste, je déteste les gens, je déteste cette société pourrie qui laisse la planète crever sans aucune conscience du moment qu'elle se fasse du pognon sur son dos, tout et tout le monde me dégoûte.
Et je déteste surtout parler de ça, pour qu'à chaque fois on me réponde ces banalités débiles sans chercher à comprendre à quel point je souffre (ou surtout sans vouloir admettre que je suis différente parce qu'on a HONTE): "mais tu sais, tout le monde a des problèmes!" "tu es normale, tu es juste un peu timide"...

Asperger est un HANDICAP, le contact avec la société nous fait SOUFFRIR, nous fatigue terriblement, les choses qu'on ne peut pas faire c'est parce qu'ON NE PEUT PAS LES FAIRE et non parce qu'on ne se met pas assez de coups de pieds au cul.
De me dire que je suis encore dépendante de mes parents, et que je serai peut-etre dépendante de quelqu'un toute ma vie me fait MAL.
Les autres handicapés n'ont pas conscience de leurs difficultés, et comme on dit "bien heureux les simples d'esprit"...
Qu'est-ce que celà rapporte d'avoir une intelligence? De souffrir et d'avoir le droit de crever tout seul.


 

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W
Un tas de mots pour dire tout ce que je traverse en ce moment. Merci pour tout.<br /> Après mon diagnostique le 5 septembre dernier, j'ai exploré tout le côté positif du fait d'être Asperger, mais en ce moment, j'en conçois tout le handicap, et c'est vraiment très lourd. Très lourd<br /> aussi d'être vu comme un looser qui n'arrive à rien par manque de courage, alors qu'à y regarder de plus près, si je laissais vivre ma vie 5 minutes à ceux qui me critiquent, ils iraient se pendre.<br /> Le simple fait que je suis encore vivant aujourd'hui après 36 ans de torture mentale prouve bien qu'on est loin d'être des perdants.
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M
<br /> <br /> Courage Wyrd,<br /> <br /> <br /> J'ai vécu les choses à l'inverse de toi, j'ai d'abord vu le négatif, je me suis renfermée, et puis petit à petit j'apprends à faire avec et à me respecter (bon, je ne suis pas à l'abri d'un<br /> nouveau revirement de mon état! Mais c'est normal d'avoir ses hauts et ses bas, même si c'est amplifié chez nous).<br /> <br /> <br /> Et comme me le répète souvent ma mère (une personne très sage qui m'a toujours inspirée ): être différent c'est<br /> difficile mais après celà se transforme en force. Tous les efforts que l'on fait quotidiennement, que n'ont pas à faire les gens "normaux", finissent par nous rendre plus forts.<br /> <br /> <br /> Courage et n'hésite pas à m'écrire si tu en as besoin!<br /> <br /> <br /> <br />
J
Salut Mook.<br /> <br /> Merci d'avoir répondu, ça fait plaisir de ne pas écrire que pour soi...<br /> "Dépression" n'était qu'un mot au moment ou j'ai écrit le commentaire précédent, mais c'est devenu un diagnostic depuis. J'ai eu un mois d'arrêt, je suis à une semaine de la fin, et je n'ai pas le<br /> courage de reprendre le travail. C'est vraiment étonnant comme tes mots sont les miens. Inutilité, absurdité, insensé. C'est incroyable. Je me sens tellement moins seule, et c'est malgré tout très<br /> réconfortant.<br /> <br /> Tu as la chance d'avoir ta mère, j'ai celle d'avoir mon copain. Une seule personne pour nous soutenir, c'est parfois beaucoup, et parfois bien peu. Je ne sais plus rien, ces temps-ci. Ais-je la<br /> force de continuer ou non? D'y croire encore? D'aimer encore? Souvent je ne sais plus. Et quand je ressens quelque chose, c'est plus de l'ordre du mirage que d'une certitude.<br /> <br /> <br /> Courage Mook, et si je trouve une solution viable, je penserai à te la communiquer. ;)
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J
<br /> Les aspies ne peuvent être compris que par les aspies... Et encore...<br /> J'en ai vu qui ne font que s'apitoyer sur leur sort, et ça n'a rien de constructif. Et c'est quand même très 'neurotypical'. Ou alors me suis-je imaginée que la ténacité était une grande qualité<br /> aspie?<br /> Parfois... Souvent, je me dis que non, je suis pas "aspie", je l'imagine. Exactement comme mes parents me disaient que je mentais, que j'exagérais, que je pensais qu'à moi, quand je me demandais<br /> moins de lumière, de bruit, de querelles incessantes...<br /> Et puis arrive la dépression. Là encore, je me dis que non, j'exagère, ça n'en est pas. Je dois me battre. Je n'ai pas le droit d'échouer, je n'ai personne sur qui me reposer. Je repousse encore un<br /> peu, encore un peu, et puis je craque. Comme le crash de l'immobilier américain, tiens, c'en est amusant d'ironie.<br /> Bien, je ne sais comment finir ce commentaire. Est-ce important, je n'ai fait qu'être négative, moi qui déteste ça... Mais parfois... Je me dis que peut être... Je serai entendue.<br /> Bien le bonsoir 'sieurs-dames.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Bonjour Jane, et merci pour ton passage sur mon blog (malheureusement un peu délaissé ces temps-ci).<br /> <br /> <br /> Je ne sais si la ténacité est une qualité aspie, quand je regarde mon parcours je dois admettre qu'il est riche en rebondissements, toujours nourri par cet espoir d'arriver un jour à "accomplir"<br /> quelque chose...<br /> <br /> <br /> Mais au final, toujours des barrières, des echecs, et ces passages à vide qu'on peut sans doute qualifier de depression oui...<br /> <br /> <br /> En ce moment rien ne me donne l'envie de quitter mon lit le matin, je le fais par obligation pour ma fille, mes journées sont ternes et souvent je "pète les plombs", ne supportant plus cette<br /> existance insignifiante, ce sentiment d'inutilité. J'attends patiemment qu'on m'attribue l'AAH, et qu'on m'aide à trouver un petit boulot de bureau à mi-temps, qui me confronterait moins à mes<br /> difficultés que le domaine professionnel que j'avais choisi à l'origine.<br /> <br /> <br /> Resignée oui, je crois que c'est le mot. Plus aucune ténacité. J'ai besoin de me (re)mettre sur pieds, j'espère ensuite pouvoir retrouver assez de force et gravir les marches petit à petit. La<br /> voie rapide n'était pas faite pour moi.<br /> <br /> <br /> Diagnostiquée ou pas, si tu es arrivée jusqu'à ce blog le mal-être que tu ressens doit être bien similaire.  Tu as le droit de craquer. Asperger est un handicap, il y a des choses qui nous<br /> sont impossibles à surmonter. C'est ainsi.<br /> <br /> <br /> Bon courage.<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> Fiouuuuuu mais ça fait mal cet article, j'ai eu les larmes aux yeux en le lisant. Je connais tellement ça, je ressentais presque l'angoisse monter en lisant ton texte tellement ça m'était familier.<br /> Et oui cette société qui pense qu'on essaie pas.... est ce que les Aspies ne peuvent être compris que par les Aspies?!<br /> <br /> <br />
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