Mook est de race humaine, mais malgré cela elle présente beaucoup de qualités (hé oui, c'est possible): Mook est Aspie, Mook est enceinte et célibataire, Mook étudie la psychologie, mais surtout, Mook cherche à communiquer... (Catégorie syndrôme d'Asperger, grossesse, psychologie, maman solo, voyages)
Ces quelques reflexions sont entre guillemets parce que je les ai adressées à mes proches alors qu'ils exerçaient une pression proche du harcèlement pour me convaincre d'avorter.
Ca fait longtemps, très longtemps que je me sens mal, que j'ai l'impression que je ne réussirai jamais rien dans ma vie, et que je survis grâce à des petits projets temporaires qui souvent même se terminent par un échec. Ca fait longtemps que j'ai abandonné l'idée de terminer mes études, persuadée que je ne suis pas à la hauteur et que je ne réussirai jamais. Ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais il faut bien se rendre à l'evidence quand on est incapable d'affronter un oral, et incapable de trouver une idée de sujet de mémoire. Quand on ne peut pas faire des études, on ne peut pas, rien ne sert de s'obstiner et de se casser la tête contre les murs.
Alors voilà, dans la situation où j'étais je n'esperais rien d'autre en rentrant du Quebec que de chercher un travail avec ce que j'avais en main (pas grand chose, mais mieux que rien).
Et je n'esperais rien de meilleur pour ma vie future. Dans ce cas j'aurais pu elever un enfant, même seule, puisque j'aurais eu un salaire.
(Je me doute que les gens auraient tout de même trouvé à redire à propos de ma décision, et me dire que c'était une catastrophe de faire un bébé sans père, et tous les autres arguments classiques. De toutes façons les gens sont toujours catastrophés quand on ne suit pas le "petit schema de vie classique", le "petit idéal" stupide, qui ne rend pas forcement plus heureux au final).
Mais voilà, depuis l'arrivée inattendue de ce "bébé", je me sens à nouveau capable. Je sais comment orienter mes recherches, où effectuer mes stages et sur quel sujet de mémoire travailler....
Quelle triste coïncidence n'est-il pas?
Il est évident que de vouloir s'occuper d'un bébé et de faire des études en même temps est très difficile.
Mais dois-je pour autant éliminer la cause qui m'a donné la force?
J'ai bien dit à propos de mes études que je m'en sens "capable", j'ai "envie d'essayer", mais je ne peux absolument pas être certaine de réussir. Et si j'avorte pour, selon vous tous, terminer mes études plus "facilement", plus "légèrement", et qu'au final j'echoue? Comment je risque de me sentir, d'avoir renoncé à ce bébé pour finalement me retrouver à la case départ? Devoir trouver un travail avec ce que j'aurais en main. La même chose que j'aurais pu faire quelque temps avant et qui m'aurait permis de garder mon bébé.
Je dois préciser que faire des études est pour moi difficile, dans quelques conditions que ce soit. Je dois me surpasser, faire des efforts considérables sur moi-même.
1 - Avec un bébé, ce sera certes des difficultés materielles, des difficultés d'organisation, beaucoup de temps et d'energie. Mais aussi un moteur pour me surpasser moi-même. Pour être là pour lui, pour réussir pour lui, coûte que coûte.
2 - Sans bébé, je devrai de toutes façons jongler entre les cours à la fac et un boulot à mi-temps puisque je n'aurais aucun revenu. Je ne serai pas plus à l'aise matériellement, j'aurais également des difficultés d'organisation et très peu de temps pour moi-même. Et je n'aurai aucun moteur pour me motiver à faire tout cela. Je finirai par céder devant les difficultés, m'épuiser et me sentir vide petit à petit.
Je sens que ce bébé est pour moi un moteur bien plus qu'un frein...
Je pense que c'est un cadeau de la vie et que je me démenerai pour lui apporter autant de bonheur qu'il m'en apporte déjà. Je ne le vois pas comme un obstacle, je sais que si je ne le garde pas je ne ferai de toutes façons rien de mieux de ma vie...
J'angoisse parfois un peu et je me pose des questions, je me demande si je serai à la hauteur, mais je pense que c'est le cas de toutes les futures maman, même celles qui sont dans les conditions "idéales".
Je pense qu'on ne peut pas savoir ce que la vie nous réserve, même ceux qui décident de faire un bébé quand toutes les bonnes conditions sont réunies ne sont pas à l'abri du malheur, de violence, d'un divorce, d'une perte d'emploi, de la précarité... Surtout dans le monde d'aujourd'hui...
Je pense que le fait que l'un des deux parents soit absent n'est pas forcément une cause de déséquilibre psychique pour l'enfant... Il y a des situations bien plus traumatisantes, par exemple grandir entre deux parents qui se déchirent, l'alcoolisme d'un parent, les sévices sexuels, et bien d'autres encore..."
Aujourd'hui je suis heureuse de la décision que j'ai prise.
Moi qui ai connu tant de moments de desespoir au cours de ma vie, ma seule cause de tristesse se résume aujourd'hui à l'absence de MonAnge. Mais je sais que je l'aurais perdu un jour ou l'autre, même si je n'avais pas gardé Bébé...
Par contre je ne sais pas, et ne saurai jamais, si j'aurais pu me remettre d'un avortement...
Mais je pense sincèrement que j'aurais fini par sombrer dans une grosse, et peut-être ultime depression.
Sachant que mes conditions pour accueillir cet enfant, si elles ne sont pas idéales ne sont tout de même pas désastreuses (ce n'est pas comme si j'avais 15 ans, que j'étais complètement irresponsable et que je n'avais rien fait de ma vie), j'ai préféré favoriser cette petite vie qui voulait venir plutôt que de céder aux normes sociales qui de toutes façons sont éphémères.
Et s'il fallait attendre d'atteindre un idéal pour donner la vie, il n'y aurait plus beaucoup de monde sur Terre...
La vie n'est pas rose pour tout le monde, il faut faire avec et c'est tout.